Le 7 février 2026 devait être une date de clarification. Dans l’imaginaire constitutionnel haïtien, elle symbolise la transmission du pouvoir, la fin d’un cycle exceptionnel et le retour à un ordre institutionnel normal. Or, à mesure que l’échéance approche, une évidence s’impose : la transition incarnée par le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’a pas tenu ses promesses fondamentales. Pire, elle s’enlise dans une impasse politique qui menace de se transformer en confiscation durable du pouvoir.
La transition avait une mission claire : rétablir un minimum de sécurité, organiser des élections crédibles, restaurer la confiance dans l’État. Force est de constater que le Conseil présidentiel arrive au terme de son mandat avec un bilan accablant. Aucune élection n’est en vue dans des conditions acceptables, l’insécurité s’est aggravée, et la gouvernance s’est caractérisée par des querelles internes, des soupçons de corruption, et une incapacité chronique à décider.
À l’heure du verdict, le CPT ne peut plus invoquer l’héritage du chaos antérieur comme unique excuse. La transition devait rompre avec les pratiques du passé ; elle les a souvent reproduites, parfois amplifiées.


Crédits photos: image 1 : Karib’Info | image 2: The Haïtian Times
“ La politique, c’est l’art de jouer avec les impondérables. Être prêt à surfer sur différentes vagues et recevoir des flots tout en essayant de garder le cap,… ”
Etienne JEAN – Essayiste, Spécialiste de politiques éducatives
Sources: Télévision Nationale d’Haïti – TNH | 1er janvier 2026
Légitimité épuisée et crise constitutionnelle
Après le 7 février 2026, la question centrale n’est plus seulement politique, elle est constitutionnelle. Le Conseil présidentiel n’est issu ni d’un suffrage populaire ni d’un cadre constitutionnel clair. Sa légitimité reposait exclusivement sur son caractère provisoire et sur l’urgence nationale. Or, une transition qui se prolonge indéfiniment cesse d’être une solution et devient un problème.
Prolonger le CPT au-delà de cette date sans base constitutionnelle solide reviendrait à institutionnaliser l’exception, à normaliser l’illégalité. Ce serait une rupture grave avec l’esprit de la Constitution et un précédent dangereux pour l’avenir démocratique du pays.
Corruption, prédation, violences des gangs et perte du contrôle territorial
La transition n’a pas seulement échoué sur le plan sécuritaire ; elle a aussi aggravé le discrédit moral de l’État. Accusations de corruption, soupçons de détournement de fonds, pratiques de prédation des ressources publiques : autant d’éléments qui minent la confiance déjà fragile de la population.
Dans un contexte où l’État est perçu comme incapable de protéger, de réguler et de redistribuer, ces dérives alimentent une rupture profonde entre gouvernants et gouvernés. La transition, censée restaurer l’autorité publique, a contribué à sa délégitimation. Le fait le plus grave demeure la perte quasi totale du contrôle de vastes portions du territoire national. Des quartiers entiers, des axes stratégiques, parfois même des villes, échappent à l’autorité de l’État et sont sous domination des gangs armés. L’insécurité n’est plus un phénomène périphérique : elle est devenue un mode de gouvernance de facto.
Dans ces conditions, parler de souveraineté, d’élections ou de reconstruction institutionnelle relève presque de la fiction politique. Un État qui ne contrôle ni son territoire ni la circulation des personnes et des biens est, de fait, un État failli.
7 février 2026 : rendre des comptes ou sombrer
Le 7 février 2026 aurait dû être le jour où la transition haïtienne rend des comptes à la nation. Or, tout indique que cette date risque d’être marquée non par un passage de relais, mais par une tentative de prolongation de l’ordre transitoire, au mépris de la légitimité populaire et constitutionnelle.
Deux scénarios se dessinent clairement :
- soit une sortie négociée, rapide et encadrée de la transition, ouvrant la voie à un minimum de refondation institutionnelle ;
- soit une prolongation de l’impasse actuelle, avec un pouvoir sans mandat, un État toujours plus affaibli et un risque accru de chaos généralisé.
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, au nom de la stabilité, auront choisi la prolongation de l’exception plutôt que le courage de la rupture. Haïti n’a pas seulement besoin de sécurité ou d’élections ; elle a besoin de vérité politique, de responsabilité et de respect des principes constitutionnels.
Après le 7 février 2026, il ne sera plus possible de parler de transition. Il faudra assumer clairement ce qui se mettra en place : soit un retour progressif à la légalité républicaine, soit l’installation durable d’un pouvoir sans légitimité dans un pays livré à la violence et à l’abandon.
Et ce choix engagera, pour longtemps, l’avenir déjà fragile de la nation haïtienne.
___
La Rédaction | Bambou Info | L’info crédible !