3 February 2026 Tabarre, P-au-P
Dark Light

Blog Post

Bambou Info > Actualités > Développement d’Haïti : s’inspirer du modèle du football pour mobiliser les talents et expertises de la diaspora dans tous les secteurs

Développement d’Haïti : s’inspirer du modèle du football pour mobiliser les talents et expertises de la diaspora dans tous les secteurs

[ HAITI-DÉVELOPPEMENT ]

Depuis plusieurs années, un paradoxe frappe l’observateur attentif : alors que l’État haïtien peine à structurer durablement ses politiques publiques, le football haïtien, lui, accumule les performances et redonne au pays une visibilité internationale inattendue. Derrière ces succès, une réalité trop souvent sous-estimée apparait clairement: la mobilisation organisée des talents issus de la diaspora.

Le sport roi offre aujourd’hui à Haïti une véritable leçon de gouvernance. Il démontre que lorsque les compétences de l’intérieur et celles de l’extérieur sont articulées avec méthode, les résultats deviennent tangibles. Ce modèle ne devrait pas rester cantonné au terrain de jeu. Il mérite d’être érigé en principe de développement national.

Le football, laboratoire d’une réussite collective

Les faits sont éloquents.

D’abord, la sélection senior féminine a réalisé un exploit historique en participant pour la première fois à la Coupe du monde en Australie. Une première nationale qui a hissé Haïti sur la scène internationale et redonné fierté à toute une génération.

Ensuite, la sélection masculine s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, une performance inédite depuis 1974. Cinquante ans d’attente brisés grâce à un effectif mêlant joueurs formés localement et footballeurs issus des académies européennes et nord-américaines.

Enfin, la sélection féminine U17 a franchi les premières phases qualificatives pour la Coupe du monde 2027 au Maroc, confirmant que cette dynamique n’est pas ponctuelle mais structurelle.

Ces succès ne relèvent ni du hasard ni d’un miracle sportif. Ils résultent d’une stratégie claire : créer des ponts avec la diaspora, repérer les talents à l’étranger, intégrer des jeunes formés dans les académies internationales, pour une collaboration entre compétences locales et expertise diasporique. En somme, une nation sportive qui pense au-delà de ses frontières.

Une leçon que l’État tarde à généraliser

Ce qui fonctionne pour le football devrait logiquement inspirer la politique publique. En dehors du sport, la diaspora haïtienne demeure largement sous-exploitée, marginalisée ou sollicitée de manière informelle, sans stratégie nationale cohérente. C’est une erreur stratégique majeure.

La diaspora regorge de médecins, chercheurs, ingénieurs, entrepreneurs, universitaires, spécialistes du numérique, experts agricoles et gestionnaires de haut niveau. Beaucoup occupent des postes influents en Amérique du Nord, en Europe et ailleurs. Ce capital humain représente l’une des plus grandes richesses du pays, probablement plus précieuse encore que l’aide internationale. Continuer à ne voir dans la diaspora qu’une source de transferts financiers relève d’une vision dépassée et réductrice.

Reproduire le modèle du foot-ball dans tous les secteurs

Si Haïti veut véritablement enclencher son développement, il faut institutionnaliser ce que le football a réussi à faire de manière pragmatique.

En politique, intégrer des experts de la diaspora dans les réformes de gouvernance, la planification économique et la modernisation de l’administration publique.

En santé, attirer des médecins spécialisés et des chercheurs pour renforcer les hôpitaux, former les équipes locales et développer la télémédecine.

En éducation, mobiliser des pédagogues, universitaires et professionnels de haut niveau pour moderniser les programmes, numériser les systèmes et élever le niveau de formation des enseignants.

En agriculture, solliciter les ingénieurs agronomes et entrepreneurs agroalimentaires pour introduire des techniques innovantes et améliorer la sécurité alimentaire.

Il ne s’agit pas de remplacer les compétences locales, mais de créer une synergie, une complémentarité intelligente. Le modèle gagnant est celui du partenariat, pas de la substitution. Haïti a besoin plus que jamais de toutes ses filles et de tous ses fils où qu’ils soient dans le monde.

Des exemples internationaux à suivre

Haïti n’aurait rien d’un cas isolé. Plusieurs pays ont déjà démontré qu’une diaspora bien mobilisée peut devenir un puissant levier de reconstruction et de croissance.

Le Rwanda, après le génocide, a activement attiré les compétences de sa diaspora afin de rebâtir ses institutions et relancer son économie. Ce retour de cadres qualifiés a joué un rôle déterminant dans la stabilisation du pays.

L’Inde, de son côté, s’appuie massivement sur ses professionnels établis à l’étranger pour investir dans les startups, l’innovation technologique et l’écosystème entrepreneurial local. Cette stratégie a contribué à faire émerger une économie numérique compétitive à l’échelle mondiale.

Au Sénégal, de nombreux médecins de la diaspora reviennent régulièrement former leurs pairs, transférer des compétences et améliorer durablement le système de santé.

Ces expériences prouvent qu’il ne s’agit pas d’une utopie, mais d’une politique publique pragmatique et reproductible. Haïti peut, et doit, s’en inspirer.

En guise de conclusion

La réussite sportive démontre une vérité simple : lorsque des passerelles existent, les Haïtiens répondent présents. La diaspora ne demande pas à être spectatrice, elle veut contribuer.

Ce qui manque n’est ni le talent ni l’engagement, mais une architecture institutionnelle crédible , sécuritaire et une volonté politique ferme. À mon sens, persister à ne pas intégrer pleinement la diaspora au projet national serait une faute historique. Le football a montré la voie avec éclat. Il serait incompréhensible que l’État refuse d’en tirer les leçons.

Car si une équipe peut se qualifier pour la Coupe du monde grâce à l’union des talents d’ici et d’ailleurs, un pays tout entier peut, lui aussi, se qualifier pour son propre développement.

_______

Izaya ROCHE

Leave a comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *