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La crise politique du 7 février en Haïti : enjeux institutionnels et responsabilité citoyenne

Haïti, le 7 février approche doucement, un moment constitutionnel qui régule normalement la scène politique haïtienne, signalant la conclusion et l’entame des mandats présidentiels. Cependant, dans un pays où les institutions sont en proie à l’instabilité depuis tant d’années, cette échéance se transforme fréquemment en crise. Elle réveille des tensions, provoque des mobilisations dans les rues et pose, année après année, la même question douloureuse : qui détient vraiment une légitimité pour gouverner ? Pour comprendre les obstacles qui entravent Haïti, il est primordial d’analyser minutieusement cette dynamique, ainsi que l’effet possible de la société civile dans la résolution des conflits. 

Une légitimité institutionnelle en berne

Vers le 7 février, les discussions sont intenses. La Constitution est sujette à diverses interprétations, les dispositifs de contrôle sont insuffisants pour prendre une décision définitive, et l’accord politique paraît inaccessible. Lorsque les institutions ne parviennent pas à résoudre les litiges électoraux et constitutionnels, le pouvoir devient personnel et la confiance des citoyens dans l’État se dégrade. Ce manque de légitimité constitue un terreau fertile où les acteurs politiques ont tendance à privilégier la mobilisation populaire plutôt que le dialogue en face-à-face.

Cette instabilité politique permanente a un coût très concret pour les Haïtiens. L’économie nationale en prend un coup, la sécurité se dégrade et le tissu social se fissure. À chaque crise, les activités économiques se paralysent, les hôpitaux et les écoles peinent à fonctionner, et la violence armée augmente. Ce sont les populations les plus vulnérables qui en souffrent le plus, poussant beaucoup à fuir, à l’intérieur du pays ou vers l’étranger. Qui plus est, quand l’autorité de l’État faiblit, d’autres acteurs, souvent armés, en profitent pour prendre de l’espace. Les crises politiques se transforment alors en crises sécuritaires complexes, où il devient encore plus difficile de trouver des solutions. 

Le rôle crucial et incontournable des citoyensFace à ce constat, la responsabilité ne saurait incomber uniquement aux élites politiques. Les citoyens haïtiens ont, eux aussi, un rôle déterminant à jouer. Les recherches sur les États fragiles le démontrent clairement : le capital civique, c’est-à-dire l’engagement citoyen, est un levier essentiel pour restaurer la stabilité.

La participation citoyenne pacifique, l’implication communautaire, la surveillance des processus électoraux, la lutte contre la désinformation et les discours de haine sont autant de moyens légitimes pour exiger des comptes aux dirigeants. À l’inverse, la banalisation de la violence politique, des blocages économiques et des appels à la confrontation affaiblit toute perspective de dialogue national. Elle ouvre la voie à des réponses autoritaires et éloigne davantage l’idéal démocratique.

Comment sortir de l’impasse et préserver la souveraineté ?

Il y a urgence à trouver une issue. Sans cela, le pays s’expose à des ingérences étrangères qui pourraient aggraver la situation et fragiliser encore plus sa souveraineté. Pour que des dates comme le 7 février ne soient plus synonymes de tempête, des réformes de fond sont nécessaires : une justice vraiment indépendante, des élections crédibles, des forces de sécurité professionnelles, et un dialogue politique qui inclut tous les acteurs. Mais ces réformes ne seront efficaces que si la confiance est rétablie. Cela nécessite plus de transparence, une lutte résolue contre la corruption, et une place réelle donnée à la société civile dans les décisions qui concernent le futur du pays.

En guise de conclusion

Les crises récurrentes autour du 7 février ne relèvent pas d’un simple problème de calendrier constitutionnel. Elles sont le symptôme d’un mal plus profond : un déficit structurel de gouvernance, de légitimité et de confiance dans les institutions publiques. Tant que ces faiblesses ne seront pas traitées à la racine, les dates symboliques continueront d’alimenter les tensions et l’instabilité.

Dans ce contexte, la responsabilité citoyenne, bien qu’insuffisante à elle seule, demeure déterminante. Elle peut limiter les dérives violentes et préserver les bases minimales d’une transition démocratique crédible. Reconstruire un État de droit en Haïti exige un engagement ferme, lucide et durable, à la fois des institutions et de l’ensemble de la société.

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Eusaï ALCY | Etudiant en Master Science Po et Relations Internationales
Diplômé de Master 2 Politiques Commerciales avec les Pays émergents
Paris, France
Mail : eusaialcy@gmail.com

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