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Enseignement supérieur en Haïti : l’installation du Conseil de l’ANESRS, un premier pas vers une réforme longtemps attendue

La nomination et l’installation du Conseil de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique par le Conseil présidentiel de transition (CPT) marquent une étape importante dans la tentative de refondation du secteur universitaire haïtien. Toutefois, si cet acte constitue indéniablement un signal politique fort, il ne représente que le point de départ d’un long et complexe processus visant à doter le pays d’un véritable système de régulation, de contrôle de qualité et de structuration de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique.

Prévu par un décret publié dès 2020 sous l’administration du président Jovenel Moïse, ce Conseil n’a été effectivement mis en place que cinq ans plus tard. Ce retard illustre, à lui seul, les difficultés chroniques de l’État haïtien à traduire les textes normatifs en institutions fonctionnelles. Néanmoins, malgré ce décalage, la décision actuelle des autorités peut être considérée comme un pas de géant dans un secteur longtemps laissé sans pilotage stratégique.

Une architecture institutionnelle ambitieuse

L’Agence nationale de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (ANESRS), à laquelle est rattaché le Conseil, repose sur une organisation institutionnelle clairement définie. Elle comprend notamment :

  • le Conseil de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ;
  • le Conseil technique ;
  • la Direction administrative et financière ;
  • le Pôle de l’enseignement supérieur ;
  • le Pôle de la recherche scientifique et de l’innovation ;
  • le Pôle de contrôle et d’évaluation ;
  • ainsi que des directions techniques spécialisées prévues par les règlements intérieurs.

Cette architecture témoigne d’une volonté de couvrir l’ensemble des dimensions du secteur : gouvernance, pédagogie, recherche, innovation, contrôle de qualité et gestion administrative.

Les sept membres installés à la tête du Conseil incarnent cette ambition. Il s’agit de Dr Hérold Toussaint, président ; Dr Jean Fénol Métellus, vice-président ; Dr Jacques Abraham, haut-commissaire à l’Enseignement supérieur et à la Recherche scientifique ; Dr Jean Judson Joseph, secrétaire général ; ainsi que Dr Evens Emmanuel, Dre Ketty Balthazard-Accou et Dr Serge Philippe Pierre, membres.

Ces responsables sont pleinement conscients du rôle stratégique qui leur incombe : refonder un système universitaire fragmenté, peu régulé et inégalement qualitatif. Le président du Conseil cumule, par ailleurs, les fonctions de chancelier des universités et de président de l’ANESRS, ce qui renforce la centralité de cet organe dans la gouvernance académique nationale.

« L’ANESRS incarne un engagement solennel de l’État en faveur d’une formation de qualité, reconnue et porteuse d’opportunités; l’intelligence, le savoir scientifique et la recherche au cœur de la vision de développement » Laurent Saint-Cyr, CPT

Une efficacité conditionnée aux moyens réels

Toutefois, l’efficacité de l’ANESRS ne saurait être garantie par la seule existence d’un cadre légal ou par la nomination de dirigeants compétents. Les expériences internationales montrent que la réussite des agences nationales d’enseignement supérieur repose sur plusieurs conditions fondamentales : l’autonomie institutionnelle, l’expertise technique, la légitimité auprès des acteurs académiques et la capacité à faire appliquer les décisions prises.

Concrètement, pour fonctionner correctement, l’Agence devra impérativement disposer de ses propres locaux, d’un personnel opérationnel qualifié, composé de véritables spécialistes du curriculum universitaire et de la recherche, ainsi que d’experts reconnus dans les disciplines enseignées dans les universités haïtiennes. Une organisation en pôles décentralisés par département s’impose également, tout comme la mise à disposition de véhicules et de moyens matériels permettant d’effectuer des missions d’inspection et d’évaluation sur l’ensemble du territoire.

À terme, l’ANESRS est appelée à fonctionner comme un véritable ministère, doté d’un budget propre et de ressources humaines et techniques à la hauteur de ses responsabilités.

Une autorité indépendante au cœur du système universitaire fragilisé

En tant qu’organisme public chargé de la régulation et du contrôle de la qualité de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, l’ANESRS exerce, en toute indépendance, son autorité sur l’ensemble des institutions publiques et non publiques œuvrant dans ces domaines en Haïti. Cette indépendance est une condition non négociable pour restaurer la crédibilité du système universitaire et mettre fin aux pratiques anarchiques qui ont longtemps fragilisé le secteur.

L’installation du Conseil de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique constitue donc une avancée majeure, mais encore fragile. Sans volonté politique durable, sans financement adéquat et sans protection institutionnelle contre les interférences, cette réforme risque de rejoindre la longue liste des promesses inabouties.

L’enjeu est clair : il s’agit non seulement de réguler l’enseignement supérieur, mais de reconstruire la confiance dans l’université haïtienne, levier indispensable du développement national, de la production de savoir et de la souveraineté intellectuelle du pays.

Dossier à suivre !

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La Rédaction | Bambou Info | bambou-info.com

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