[ HAITI-7 FEVRIER 2026 ]
Par : Francklin Benjamin, Citoyen engagé | Docteur en philosophie politique
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La médiocrité et l’absence totale de vision des membres du désormais ancien Conseil présidentiel de transition (CPT) ne relèvent pas de l’erreur politique ordinaire : elles constituent une faillite morale et intellectuelle. Le spectacle offert fut d’une indignité rare, mais fidèle au modèle du dirigeant prêt à tout pour sécuriser ses privilèges, au détriment de l’interêt collectif.
L’explication de cette catastrophe ne se trouve pas seulement dans les trajectoires individuelles des concernés, mais dans un mal plus profond : l’effondrement d’une culture de l’honneur, de la responsabilité et de la grandeur. Les neuf membres du CPT nous sont apparus non pas simplement incompétents, mais tragiquement petits.
Quant au gouvernement qui les a accompagnés, il s’est comporté comme une administration sans souffle et sans ambition historique : une bureaucratie de survie, là où le pays a besoin d’une vision de rupture.
Il serait cependant illusoire — et même dangereux — de réduire le problème à la seule condamnation morale de ces privilégiés. Certes, ceux qui sont accusés de crimes financiers, de corruption ou de crimes de sang devront répondre de leurs actes. Mais s’arrêter là serait se donner bonne conscience à peu de frais. Le vrai problème est ailleurs : il réside dans la faillite de la fabrication de l’homme haïtien contemporain.
Car tant que nous refuserons d’interroger sérieusement la manière dont nous éduquons nos jeunes, les valeurs que nous transmettons, les modèles que nous glorifions, nous continuerons à faire défiler les gouvernements comme on change de décor, pour constater, à chaque fois, que les hommes qui les composent sont faits du même bois. Changer les têtes sans changer la matrice ne produit que des recyclages de médiocrité.
Les actes et l’image des gouvernants actuels ne sont pas une anomalie : ils sont le symptôme d’une société malade, d’une société dont les élites ont cessé de se penser dans la durée historique. Une société sans projection, sans exigence, sans mémoire structurante.
Le plus inquiétant est que nombre de nos dirigeants ignorent presque tout de l’histoire nationale et de l’histoire longue des luttes du peuple noir — cette lutte multiséculaire contre les puissances hégémoniques pour exister comme sujet historique à part entière, et non comme simple variable d’ajustement géopolitique.
Cette ignorance n’est pas anodine : elle produit des dirigeants sans colonne vertébrale, incapables de penser le pouvoir autrement que comme un accès aux privilèges, et l’État autrement que comme un butin. Voilà pourquoi l’actualité politique et économique du pays est dominée depuis si longtemps par l’improvisation, la petitesse et l’absence de pensée stratégique.
Le chantier est herculéen. Mais il est incontournable. Sans refondation morale, intellectuelle et éducative, Haïti continuera à tourner en rond, prisonnière de ses propres renoncements.
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Francklin Benjamin, Citoyen engagé
Montréal, le 07 février 2026.